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Le blog de Yv

Le blog de Yv

Des livres, des livres... encore des livres, toujours des livres. Parfois un peu de musique.

Hôtel international

Hôtel international

Hôtel international, Rachel Vanier, Intervalles, 2015...

Le père de Madeleine, dépressif depuis de très nombreuses années -il est quasiment né dépressif- se suicide. Totalement désemparée, perdue, la jeune femme quitte Paris, ses amis, sa famille pour Phnom-Penh, la capitale du Cambodge. Là-bas, elle se lie avec des expatriés, des Français, des Allemands. C'est alors le refuge dans les soirées alcoolisées, les rencontres brèves et sans but précis. Madeleine, toujours soutenue par des mails de ses amis restés en France, et par les gens qu'elle rencontre au Cambodge, Arthur en particulier, créateur de mode qui lui propose de travailler pour lui, tente de surmonter la mort de son père.

Il existe sans doute deux lectures de ce roman. D'abord, l'indulgente, celle qui le prend comme une chronique sur la vie des expatriés qui ne se mêlent pas aux autochtones, qui ne vivent qu'au rythme des mojitos ou vodka-pomme qu'ils ingurgitent et qui, finalement, en rentrant dans leurs pays se souviendront des bars, du climat, des touristes qui viennent pour les très jeunes prostituées, mais absolument pas d'avoir rencontré de vrais Cambodgiens. Cet angle de vue permet de se satisfaire d'une légèreté, d'un survol des thèmes abordés. Ensuite, il y a l'autre lecture, celle qui revenait régulièrement hanter mon esprit tout au long de ma lecture, sans doute plus exigeante qui cherche du fond à la fuite de Madeleine : on voit les mêmes personnages évoluer dans un monde qui est le leur, totalement étranger aux gens qui les entourent. Une espèce de jeunesse dorée qui vit bien et n'a absolument rien à faire des gens qui composent ce pays. S'intéresser à leurs conditions de vie, ou les respecter est bien loin de leurs préoccupations, ils ne les voient que comme des chauffeurs de tuk-tuk, des mendiants, des parasites. Pris dans ce sens, c'est un roman très fille-parisienne qui se retrouve dans la jungle, totalement inadaptée, qui ne pense qu'à picoler, baiser -avec des expatriés-, encore picoler et surtout... picoler. Je n'ai rien contre sur le principe, je trouve même qu'une jeune femme qui écrit cela, c'est assez réjouissant, ça change l'angle de vue de ce genre de récits souvent écrits par des mecs. Mais dans le même temps, je me dis, à quoi bon ? Quel est l'intérêt d'aller si loin si ce n'est pour changer de regard, de manière de vivre ? Et puis à quoi aura servi ce voyage puisque quelques mois plus tard, Madeleine sera de nouveau en France, dans le même milieu un rien frivole et en proie aux mêmes questions existentielles sur la manière de s'habiller pour revoir son ex... ?

J'avoue que je suis frustré, Rachel Vanier survole les sujets importants du Cambodge : les effets des la dictature, la pauvreté, la prostitution de mineures, le travail pénible faiblement payé, à peine a-t-on la remarque d'un jeune Cambodgien qui travaille dans une usine textile qui répond à la remarque de Rachel : "Ah, ça doit être dur. (...) Oui, parfois ils me prennent toute mon énergie, mon esprit, mon âme." (p.168). Elle survole même la question de son roman : comment se remettre de la mort d'un proche si tant est que cela soit possible, ou comment vivre sans le disparu ? Ce qui me gêne, c'est que je ne sais pas si j'ai à faire à un roman léger sur la vie difficile d'une jeune femme aisée, écrit par une femme pour les femmes, qui de temps en temps glisserait des phrases sérieuses pour donner du corps au récit ou si je lis un roman plus sérieux qui veut aborder des thèmes forts et importants en y glissant des morceaux de délire alcoolisés et d'humour. Je crains que l'auteure n'ait pas su elle-même se départager ; son livre, hybride, me déçoit pour ces raisons .

Mais, ce qui sauve ce roman et qui fait que je suis allé jusqu'à sa dernière ligne, c'est l'écriture de Rachel Vanier, vive, moderne, précise, minutieuse, franche et directe lorsqu'il le faut, comme lorsqu'elle parle d'un certain cinéma états-unien : "Un mec, un peu nul, met en place des plans machiavéliques pour se vider les couilles, sur les précieux conseils de ses meilleurs amis les gros blaireaux. Il passe par un chemin semé d'embuches -comme éjaculer dans son pantalon, se faire surprendre par les voisins en train de se masturber dans la cuisine, ou avoir une méga-chiasse pendant un rendez-vous galant. Mais à la fin il finit toujours par obtenir ce qu'il veut : baiser la bonnasse avec de gros seins." (p.204) Je vous rassure, il y des pages moins vulgaires -mais je dois reconnaître que je partage l'avis de Madeleine et que traité un cinéma vulgaire avec des mots vulgaires, ça fait du bien. Lorsque Madeleine parle de la relation avec son père, tout dépressif qu'il soit, cette complicité qu'ils ont, on comprend que le manque sera terrible, un trou qui ne se remplira jamais.

Pour conclure, un ressenti très mitigé pour moi, j'aurais aimé plus de profondeur dans les situations, les personnages, le contexte, plutôt que ce mélange raté de livre profond et de roman très léger, pour ne pas dire inutile. Rachel Vanier montre néanmoins un talent évident pour l'écriture que je retrouverai avec plaisir dans des romans plus construits, plus profonds.

D'autres avis, moins durs chez Fattorius, et sur Babelio.

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Gwenaelle 23/02/2015 14:39

Tu n'es pas sensible aux parisiennes frivoles? ;-)

Yv 23/02/2015 14:44

Faut voir...

keisha 19/02/2015 08:05

Voilà! Quant déjà il y a une écriture, rien n'est perdu, cela se garde (il faut l'espérer). Sinon, ces problèmes de sorties et autres vêtements, alcool, ça me passe au dessus... J'ai été expat, et je l'avoue à côté de la plaque, je ne fréquentais quasiment pas les autres expats (il y en avait peu dans la ville, aussi). Ceci étant, j'ai pas mal appris des 'autochtones' et sur eux, mais plus on connaît moins on connaît, tu vois.

Yv 19/02/2015 08:35

J'imagine, et puis, je dois dire que je regarde ça de mon œil de mec qui n'a jamais été expat... Il me semble que j'aurais fait différemment, mais devant la réalité je ne sais pas comment je me serais comporté;

zazy 18/02/2015 18:42

C'est ce qui m'est arrivé avec Azadi

Yv 18/02/2015 21:51

ça arrive parfois, tant pis