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Perles

Publié le par Yv

Perles, Chi Ta-wei, L'asiathèque, (traduit par Olivier Bialais, Gwennaël Gaffric, Coraline Jortay, Pierrick Rivet) 2020

Chi Ta-wei est docteur en littérature comparée à l'université de Californie et enseigne la littérature à l'université de Taïwan. Il est l'auteur de romans et nouvelles de science fiction. Ce recueil, Perles, regroupe six nouvelles du genre. Chi Ta-wei est aussi un défenseur de la cause homosexuelle.

Je ne suis pas un fanatique de la science fiction ni n'y suis totalement rétif. Entre les deux. Un bon texte -ou de bons textes- peut me plaire quel que soit le genre. Ce que j'aime bien dans les nouvelles de Chi Ta-wei, ce sont les nombreuses références à la culture, notamment française, deux nouvelles ont des titres originaux en français : L'après-midi d'un faune (hommage à Debussy) et La guerre est finie (hommage à Alain Resnais) : "Les Taïwanais d'après la levée de loi martiale [1987] se sont cherchés des modèles internationaux hors de leurs frontières, et certains d'entre nous étions fascinés par la France, connue pour sa littérature et son cinéma qui savent susciter la réflexion." (p.88/89) et les images et allusions à peine dissimulées très fréquentes. Il s'amuse également avec la langue et la bonne idée de l'éditeur est de faire intervenir plusieurs traducteurs, chacun apportant son originalité, procédé qui montre l'étendue du travail d'écriture de Chi Ta-wei. Une autre bonne idée est qu'à la suite de chaque nouvelle, l'auteur, dans un court texte, explique sa genèse et son propos.

Toutes les nouvelles ne m'ont pas plu au même degré, j'ai beaucoup aimé les trois premières, les deux aux titres en français et Perles qui donne son nom au recueil, avec une préférence pour La guerre est finie. Toutes les histoires de Chi Ta-wei sont inventives, profondes et abordent des thèmes pas évidents, comme l'homosexualité et la clandestinité qu'elle implique dans certains endroits et la place de la femme.

Les nouvelles sont un bon moyen de découvrir un auteur inconnu qui souvent montre dans cet espace beaucoup plus de diversité que dans un roman. Chi Ta-wei le montre ici et est un auteur à découvrir.

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La rumba du chat

Publié le par Yv

La rumba du chat, Philippe Geluck, Casterman, 2019

L'autre jour, je vis passer, sur facebook je crois, un post vantant la sortie du Tome 23 du Chat de Geluck. Vérification effectuée, chez, moi, je me suis arrêté au numéro 21. Serait-il possible et envisageable que j'aie raté un épisode, le 22, vous aviez deviné même si comme moi, les maths ne sont pas votre point fort ?

Ressentant presque les tremblements du manque, je fonçai à la librairie m'enquérir du fameux tome manquant et revins vite le lire confortablement assis-avachi sur mon canapé.

C'est donc à la quasi-veille de la sortie du prochain que je lus le précédent. Et comme à chaque fois, je rigolai, je pouffai et remarquai aussi parfois un strip ou un gag point à la hauteur, mais le suivant l'est, je me gaussai donc en oubliant la baisse de régime très temporaire.

Philippe Geluck aborde tous les thèmes du moment : dérèglement et réchauffement climatiques, religion, sexisme, et aussi des thèmes intemporels : l'amour, le sexe, l'art, ... sans se limiter ni dans la connerie ni dans la vacherie. C'est pour cela que j'aime Le Chat et que je courrai très bientôt vers le tome 23 intitulé Le chat est parmi nous.

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La complainte de la limace

Publié le par Yv

La complainte de la limace, Zahra Abdi, Belleville (traduit par Christophe Balaÿ), 2020

Shirine presque trentenaire vit à Téhéran avec sa maman qui a gardé intacte la chambre de son fils Khosrow, disparu pendant la guerre du Golfe vingt ans plus tôt. Shirine est passionnée de cinéma et vit dans un monde imaginaire, parle avec un jeune garçon qui n'existe pas.

Un peu plus loin dans la ville, Afsoun, poétesse, maîtresse de conférences, animatrice d'une émission de télévision populaire et épouse de Vahid, président de l'université, passe une mauvaise période pleine de doutes et de questionnements, de regrets de la vie qu'elle aurait dû avoir avec Khosrow.

Roman d'une Iranienne sur des femmes iraniennes qui vivent sous le joug de la religion et des hommes. Celles qu'elle présente dans ce roman semblent assez libres, l'une parce qu'elle vit dans un monde imaginaire et l'autre parce qu'elle a tous les signes extérieurs de la réussite. Chacune à sa manière refuse de subir et s'élève contre le patriarcat religieux.

Pas forcément simple d'entrer dans la vie de ces femmes, parce que la langue de Zahra Abdi est particulière, qui convoque beaucoup d'images et qui flirte avec l'irrationnel, l'imaginaire notamment pour Shirine. Une fois la porte ouverte, on a plaisir à découvrir une écriture moderne, vive -beaucoup de phrases courtes-, à la fois directe et descriptive, et emplie d'humour et de dérision.

Belleville est une toute jeune maison qui choisit des textes d'ailleurs, des "trouvailles littéraires". Chaque couverture est illustrée par un ou une artiste du pays de l'auteur ou autrice. Ici, c'est Asma Abbasi qui l'a dessinée.

Quant à la signification du titre, en voici une partie, un passage assez significatif de ce roman à découvrir : "J'ai la sensation d'une limace froide et gluante qui enfonce ses cornes dans mon oreille. La complainte de la limace est un des sons les plus tristes que j'ai jamais entendus. C'est une plainte insistante qui se glisse lentement jusqu'au fond de l'âme. Cette viscosité ralentit la circulation du sang et lorsqu'elle atteint le cœur, c'est l'infarctus. Qu'on le veuille ou non, l'organe se paralyse." (p. 28)

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Les émotions

Publié le par Yv

Les émotions, Jean-Philippe Toussaint, Minuit, 2020

Jean Detrez travaille à la Commission européenne à la prospective. Fils de commissaire européen, petit-fils d'architecte, il appartient à ce que l'on peut nommer l'élite. Travailler à la prospective, c'est échafauder des lendemains possibles, absolument pas faire de la divination. Jean Detrez est un professionnel consciencieux et averti, il s'est rendu compte que l'avenir public qu'il envisage est très loin de l'avenir privé. Lorsque le premier est une discipline scientifique, le second relève de la voyance et c'est sur ce dernier qu'il est temps pour lui de s'arrêter un moment.

Je me suis aidé de la quatrième de couverture pour ce rapide et succinct résumé, les livres de Jean-Philippe Toussaint me posent toujours un souci pour dire en quelques courtes lignes ce qu'ils contiennent et tout le bien qu'ils font.  Les émotions est le deuxième roman d'un nouveau cycle romanesque entamé avec La clé USB (relu en diagonale dans un aller Nantes-Paris, tandis que Les émotions fut très largement entamé sur le retour). Dans le premier la part belle était faite à la profession de Jean Detrez au détriment de sa vie privée. Cette fois-ci, JP Toussaint laisse davantage de place à la vie personnelle, aux désirs, amours, séparations, questionnements de son héros. Confronté à une séparation douloureuse d'avec sa seconde épouse et au décès de son père, Jean Detrez n'est pas au mieux. La période n'est pas non plus propice à la liesse, puisque nous entrons, selon lui, dans un monde populiste, un monde où chacun doute de tout et des autres et se défie des gouvernants.

La chose qui surprend -qui m'avait déjà surpris dans le roman précédent et également dans le cycle romanesque précédent consacré à Marie-, c'est que tous les personnages de JP Toussaint sont des élites, des gens vivent très bien, voyagent aisément sans se poser de questions, œuvrent aux prises de décisions en haut lieu et, pour Jean Detrez, travaillent à la Commission européenne, ce qui fait  quand même un peu double peine pour intéresser un lectorat assez large. Et c'est une gageure que l'auteur dépasse aisément. Si l'on peut se sentir éloigné de son personnage principal, on peut aussi ressentir les mêmes doutes et questionnements.

La grâce de l'écriture, l'élégance, même dans les situations les plus triviales parviennent à nous passionner pour les vies des plus favorisés et également pour le travail de la Commission européenne, qui est souvent représentée comme le repaire des eurocrates et bureaucrates les plus purs, ceux très éloignés de nos vies quotidiennes. JP Toussaint montre le contraire et l'on pourrait se fendre d'une envie d'en connaître davantage sur cette Commission et sur l'Europe en général. Un autre écrivain écrirait sur les mêmes thèmes avec les mêmes personnages, que je n'ouvrirais sans doute pas son livre, mais JP Toussaint c'est pas pareil...

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Sœurs d'Ys, la malédiction du royaume englouti

Publié le par Yv

Sœurs d'Ys, la malédiction du royaume englouti, M.T. Anderson, Jo Rioux, Rue de Sèvres, (traduit par Alice Delarbre) 2020

La reine Malgwen demande au roi Gradlon de Kerne de le débarrasser de son mari qui est un sorcier, en échange de quoi, elle l'épousera et accèdera à ses demandes. Le couple donne naissance à deux filles, Rozenn, l'aînée, l'héritière, proche de la nature, contemplative et Dahut, qui, comme sa mère, a recours à la magie et se complait dans la vie fastueuse de la cour. La cité d'Ys dirigée par Gradlon à la mort précoce de sa femme Malgwen est la proie de toutes les rumeurs concernant son train de vie.

La légende de la cité d'Ys en Bretagne, revisitée par Matthew Tobin Anderson, écrivain jeunesse étasunien et dessinée et mise en couleurs par Jo Rioux.

De la légende de la cité d'Ys, il existe plusieurs versions dont l'auteur s'est inspiré pour raconter la sienne. Si le scénario n'est, de fait, pas inédit, il a le mérite d'être clair et concis. L'histoire gagnant en clarté, elle risque d'être beaucoup plus aisément mémorisable. La simplicité, qui n'est pas synonyme de facilité ou d'infantilisme, est une qualité pas toujours facile à atteindre.

Le dessin de Jo Rioux est superbe et colle parfaitement aux mondes des légendes : les tons, les couleurs, les deux sœurs, très différenciées tant dans leurs représentations que dans leurs caractères. Tout concourt à ce que cet album soit lu et apprécié par le plus grand nombre de lecteurs.

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Petits cimetières sous la lune

Publié le par Yv

Petits cimetières sous la lune, Mauricio Electorat, Métailié (traduit par Mauricio Electorat), 2020

Emilio est chilien. Il vit à Paris, étudie la linguistique. Sa famille est restée au Chili, son père concessionnaire automobile s'accorde très bien avec la dictature de Pinochet, fréquente certains des durs du régime. C'est pour échapper à cela qu'Emilio est venu en France. Il vit à Montparnasse, est veilleur de nuit dans un hôtel et se lie avec d'autres veilleurs de nuit sud-américains qui lui apprennent le métier. Emilio fait la connaissance de Chloé, jeune femme qui apparaît et disparaît régulièrement. Lorsque la disparition d'icelle dure, Emilio décide de comprendre pourquoi. C'est aussi le temps où son frère lui apprend que ses parents ont divorcé, que son père vit avec une jeune femme et que Pinochet n'étant plus au pouvoir, certains Chiliens risquent gros.

A l'ouverture du livre, je remarque que ce roman écrit en 2018 par Mauricio Electorat, écrivain chilien, est traduit en français par lui-même. Pas banal. Je ne parle ni ne lis l'espagnol et ne doute point une seconde des qualités littéraires de l'auteur dans sa langue natale tant celles-ci sont évidentes en français. C'est un romancier habile et un raconteur d'histoire hors pair. Il sait alterner les lieux, les époques, les narrateurs sans que le lecteur n'en soit jamais gêné, au contraire il en est même ravi. Le récit est diablement bien écrit et construit. Il aborde un nombre de thèmes importants conséquents : les relations père-fils et comment celles-ci peuvent évoluer lorsque les deux ont des opinions et des vies diamétralement opposées, l'amour, le Chili sous la dictature et l'après et la dictature en général, la difficulté de vivre à Paris...

Il sait faire preuve d'humour et d'ironie : "En plus, il y avait ce machin, cette espèce de chimère qui nous a toujours aidés : le Chili, ou plutôt Allende, La Moneda sous les bombes, les militaires en  train de brûler des livres, toutes ces cartes postales qui parlaient d'un pays formidablement plongé dans la souffrance et la terreur. Maintenant c'est les Syriens, les Irakiens, les femmes afghanes, mais dans les années 80, en France, il n'y avait rien de mieux qu'être chilien." (p.20) et use de différents niveaux de langage. Son écriture est fluide, très agréable et prend parfois le lecteur comme témoin des errements ou erreurs d'Emilio en l'interpellant. Un roman qui n'est pas léger, certes, puisque la dictature de Pinochet en est en partie le contexte, mais qui n'est jamais plombant. La vie avant tout.

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RIP. Ahmed

Publié le par Yv

RIP. Ahmed. Au bon endroit au mauvais moment, Gaet's, Monier, Petit à petit, 2020

Ahmed est policier scientifique, spécialiste des insectes qui aiment les cadavres. Grâce au eux, Ahmed peut dater une mort et découvrir pas mal d'autres choses. Mais le grand chef ne croit pas trop à ces trucs et prend Ahmed pour un rigolo. Aussi lorsque le jeune policier semble flairer le travail d'un tueur en série, se lance-t'il seul dans l'enquête, quitte à prendre beaucoup de risques. Surtout lorsqu'il file et intègre l'équipe des nettoyeurs des maisons des morts rencontrés dans les tomes 1 (Derrick) et 2 (Maurice).

Tome 3 de cette excellente série qui à chaque tome s'intéresse à l'un des personnages du groupe. Son histoire personnelle est alors détaillée et toujours imbriquée dans celle du groupe des nettoyeurs des maisons des morts. On y apprend les raisons qui l'ont mené à ce job particulier et le rôle qu'il joue dans cette histoire. Pour rappel, l'un des nettoyeurs vole une bague de grande valeur et les patrons cherchent à connaître le coupable semant le doute et la suspicion parmi le groupe. Ahmed, le nouveau, est considéré comme le suspect numéro 1 et pris à parti. Lui n'est entré dans ce groupe que parce qu'il a senti que parmi eux, il y avait un tueur en série.

Cette bande dessinée est originale, le scénario de Gaet's est tortueux et puzzlesque. J'aime ces histoires dans lesquelles on revient sur un événement mais d'un autre point de vue qui l'éclaire différemment et oblige le lecteur à douter de tout et de tous. Chaque point de vue apporte son lot de nouveautés et la grande histoire, celle qui sous-tend toute la série se dessine peu à peu.

Et le dessin de Julien Monier enfonce le clou tant il colle à l'histoire noire et glauque. Tous les protagonistes ont des sacrées gueules et les couleurs participent activement à l'ambiance.

Un très grande réussite pour ces trois premiers albums, tous des coups de cœur. Six tomes sont prévus, je me réjouis d'avance.

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Ange

Publié le par Yv

Ange, Philippe Hauret, Jigal polar, 2020

Elle s'appelle Ange. Elle joue de sa plastique pour attirer les hommes et de son habileté pour les plumer avant qu'ils n'atteignent leur seul but : coucher avec elle. Ange vit en colocation avec son ami d'enfance Elton, glandeur professionnel qui pratique la procrastination avec ardeur.

Lorsque Ange rencontre Thierry Tomasson, animateur télé connu, elle croit à sa promesse de l'embaucher comme chroniqueuse. Elle déchante vite et décide de se venger de ce mec qui a lâchement profité d'un de ses moments de faiblesse.

Lorsqu'on lit beaucoup, on sait à peu près dès les premières lignes si le roman qu'on débute sera bien ou non. Certes, on peut avoir de mauvaises ou de bonnes surprises dans les pages suivantes et c'est tant mieux, mais globalement, on sait. Et là, j'ai su dès le début. Un premier chapitre intitulé "La nuit, je mens", bon, Bashung, déjà, ça part bien (tous les chapitres ont des titres de chansons) : "J'adore regarder mes mains. Je les trouves fines, élégantes, racées, sensuelles. Les mecs, eux, ne les remarquent jamais, préférant plutôt s'attacher à mater mes jambes, mes seins ou mes fesses. Pauvres petites queues en pilotage automatique qui ne connaissent rien à rien. Je ne vais pas me plaindre, la nature m'a bien gâtée. Mon corps c'est mon outil de travail, mon gagne-pain, mon passe-partout. Grâce à lui, je suis libre, j'avance, je taille ma route." (p. 9) Et la suite confirme ma première impression. 

Le roman de Philippe Hauret avance vite. De coups qui paraissent faciles à complications et événements fâcheux. De vengeance pour ne pas perdre la face à course contre la mort. Ange qui contrôlait sa vie et les hommes qu'elle fréquente et arnaque ne maîtrise plus rien. On sent la descente inéluctable, on aimerait lui dire de stopper mais on ne peut qu'espérer une fin point trop tragique.

Philippe Hauret, avec des phrases courtes et une langue sèche et très oralisée est diablement efficace. Ses personnages qui ne veulent que vivre sont les victimes d'une société qui vend du rêve, de l'argent facile : réussir à la télé en flattant les plus bas instincts, en n'ayant rien à dire ou plutôt en ayant une opinion sur tout ni étayée ni construite comme les chroniqueurs d'émissions bas de gamme. Thierry Tomasson ressemble beaucoup à un quasi homonyme de la télé, cauteleux à souhait, de même Michel Diquaire ou Cyril Hanana plus brièvement évoqués. Le gros avantage du roman c'est qu'il ne reste pas dans le monde télévisuel, il part très vite sur d'autres routes puisque Ange enchaîne les tuiles. Là où l'on aurait pu craindre une critique un peu vaine et facile, Philippe Hauret, après avoir méchamment tapé sur la télé trash emmène ses héros dans d'autres aventures.

Ce roman noir est très ancré dans une époque difficile : chômage, boulots mal payés, employés exploités, un toujours plus grand écart entre les plus pauvres et les plus riches... Ça se lit vite et ça laissera des traces. Dans la pure lignée des grands auteurs de romans noirs dans lesquels la frontière entre le bien et le mal n'existe plus, dans lesquels tous les moyens sont bons pour se sortir de la panade.

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L'amant de Janis Joplin

Publié le par Yv

L'amant de Janis Joplin, Élmer Mendoza, Métailié (traduit par François Gaudry), 2020

David, un jeune homme un peu naïf vit dans le Sinaloa, au Mexique, une région connue pour sa production de marijuana. A la fête du village, contre tous les usages, il danse avec Carlotta une jeune fille réservée au fils d'un gros trafiquant du coin. Celui-ci, en colère veut donner une leçon à David qui le tue d'un jet de pierre. Obligé de fuir, il se retrouve aux États-Unis, en joueur de base-ball très doué, cède aux avances d'une femme à Los Angeles qui lui dit être Janis Joplin. Revenu au Mexique, après s'être fait virer de son équipe de base-ball, David a l'interdiction de retourner dans sa région natale. Il s'installe pas très loin, pêcheur et parvient à grand peine à résister à sa voix intérieure, son démon, née après le lancer de pierre fatal.

Un peu long et répétitif bien que pas très épais, ce roman nous plonge dans le monde des narcos-trafiquants mexicains de la toute fin des années 60. David est un jeune homme influençable -en France on l'appellerait l'idiot du village- qui va de mésaventures en catastrophe. Plus il avance dans sa vie, plus les obstacles sont nombreux et durs à éviter ou affronter. Il subit brimades, violences, haines, assauts d'une femme très libérée -mais il veut être fidèle à Janis Joplin. Tout le monde se sert de lui et lui est content d'aider ses amis. Parmi eux, un révolutionnaire recherché par les forces spéciales, très spéciales, violentes et corrompues, prêtes à tout pour trouver un coupable fut-il inventé, et un narco-trafiquant.

Malgré mes réserves, c'est un roman noir qui réserve de belles surprises et est admirablement écrit. Beaucoup de tendresse pour David et les Mexicains en général, les gens simples qui ont subi la violence des pouvoirs et du trafic sans profiter de l'un ou de l'autre, vivant perpétuellement dans la crante d'une dénonciation, d'une vengeance. Parfois drôle, souvent tragique, il met en scène des personnages tendres et n'aspirant qu'à vivre tranquillement et d'autres avides d'argent et de pouvoir qu'il soit sexuel des hommes sur les femmes ou politique. Très ancré dans le Mexique des années 60/70, ce roman est écrit en 2001 par Élmer Mendoza, qui fut l'un des premiers auteurs mexicains à situer ses histoires dans le monde des narco-trafiquants. En prime, la musique et la voix de Janis Joplin sont présentes tout au long des pages.

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